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The taming this édition published by arrangement with the original publisher, Pocket Books, New York - старонка 4

à

tel point que Helen se mit à trembler.

Puis il la planta là, ignorant les appels des invi-
tés qui l'enjoignaient à venir boire avec eux. Il
sortit dans la cour.

Severn était habitué à l'éternelle mauvaise
humeur de son frère et il avait consommé trop
de vin pour se laisser impressionner.

74

Rogan hésita. Les paroles de Helen Neville
résonnèrent de nouveau dans sa tête et il eut l'im-
pression qu'un couteau lui fouaillait les entrail-
les. Cette fille qu'il venait d'épouser — comment
s'appelait-elle, déjà ? — semblait assez facile à
satisfaire.

5

Liana se dépêcha de s'habiller et de s'assurer
qu'on chargeait bien sa nouvelle garde-robe ainsi
que ses objets personnels. Elle n'avait que trois
heures pour se préparer à sa nouvelle vie.

Trois heures durant lesquelles Joice ne cessa
de la sermonner.

75

sinon pour abolir tout risque d'annulation du
mariage, conclut-elle avec amertume.

Et c'était bien ce qu'elle voulait, pensa Liana :
se faire aimer et désirer de ce beau mari. Si, pour
cela, elle devait ravaler quelques colères, le jeu
en valait la chandelle.

Elle fut prête avant le terme fixé par Rogan et
descendit faire ses adieux à son père et à sa belle-
mère. Gilbert, ivre, parlait de faucons avec quel-
ques-uns de ses invités et n'accorda que deux ou
trois mots distraits à son unique enfant, mais
Helen la serra dans, ses bras et lui souhaita tout
le bonheur du monde.

Dans la cour, tous les chevaliers des Peregrine
étaient déjà en selle. La bannière du faucon blanc
flottait devant eux. Liana fut saisie de panique.
Elle quittait tout ce qu'elle connaissait pour con-
fier son destin à ces étrangers. Pétrifiée, elle
chercha son mari du regard.

Rogan, juché sur un grand étalon rouan, se
lança au galop vers elle et s'arrêta si près qu'elle
dut se protéger le visage des projections de
gravier.

Liana cacha ses poings serrés dans les replis
de sa jupe. Ravale ta colère, se dit-elle. Ne mon-
tre pas ce que tu penses de sa grossièreté.

Du nuage de poussière surgit le frère de Rogan,
Severn, qui lui sourit.

76

Liana se détendit et sourit à cet homme sédui-
sant. Il était fagoté comme l'as de pique et ses
cheveux d'or sombre étaient trop longs mais, au
moins, il se montrait aimable. Elle accepta son
bras tendu.

Elle était à peine installée en selle que Rogan
était déjà revenu vers eux. Il ne lui accorda pas
un regard.

Celui-ci fronça les sourcils avant d'acquiescer.

Quelques secondes plus tard, il rejoignait son
frère en tête.

Ils franchirent le pont-levis avant de s'engager
sur la piste dans un nuage de poussière. Liana
toussa.

77

Avaler des tonnes de poussière à chevaucher der-
rière une dizaine de cavaliers et des chariots !

Liana toussa de plus belle et se frotta le nez.
Difficile de penser à l'amour et à l'obéissance
quand on a la bouche et les narinef pleines de
poussière.

Ils chevauchèrent pendant des heures. Liana
demeura isolée au milieu de la procession ;
aucun des hommes de son mari ne lui adressa la
parole. Seule Joice, infatigable, ne cessait de lui
rebattre les oreilles de ses devoirs d'épouse.
Ainsi, quand Severn vint lui demander si elle sup-
portait bien le voyage, Joice répondit-elle à sa
place, assurant que lady Liana était assurément
très heureuse de respecter les directives de lord
Rogan.

Liana adressa un pâle sourire à Severn et
ravala une nouvelle gorgée de poussière.

Joice sourit. A chaque heure qui passait, elle
sentait s'accroître son ascendant. Enfant, lady
Liana ne l'avait jamais écoutée. Maintes fois,

78

Joice avait été punie à cause des frasques de
Liana. Et voilà enfin qu'elle détenait une réelle
influence sur sa maîtresse car elle savait quelque
chose que celle-ci ignorait.

Ils continuèrent à voyager une bonne partie de
la nuit. Liana savait que Joice et ses six autres
suivantes étaient à bout de forces mais elle n'osa
pas intercéder auprès de son mari. D'ailleurs, elle
était trop excitée pour se reposer. C'était sa nuit
de noces. Elle la passerait dans les bras de son
mari. Il allait enfin la caresser, toucher ses che-
veux, l'embrasser. Une nuit pareille valait bien
quelques heures de cheval et un peu de pous-
sière.

Quand ils s'arrêtèrent enfin pour dresser le
camp, elle frémit d'impatience. Un cavalier l'aida
à mettre pied à terre et Liana ordonna à Joice de
s'occuper des autres femmes. Puis elle chercha
son mari et le vit disparaître dans la forêt.
Derrière elle, elle entendit vaguement les fem-
mes se plaindre de cette marche forcée, mais elle
ne leur prêta aucune attention. Affectant un air
calme et dégagé, elle se lança à la poursuite de
son mari parmi les arbres.

S'enfonçant dans l'obscurité, Rogan retrouva
le petit ruisseau. A chaque pas, ses muscles se
raidissaient un peu plus. Avec ce convoi et ces
chariots chargés, ils avaient mis plus de temps
que prévu pour arriver jusqu'ici. A présent, il
avait du mal à retrouver son chemin dans les
ténèbres.

Il finit cependant par trouver le tumulus haut
de près de deux mètres qu'il avait érigé pour mar-

79

quer l'endroit où son frère aîné, Rowland, avait
été assassiné par l'épée d'un Howard. De nou-
veau, le vacarme de la guerre emplit son crâne.
C'était une partie de chasse. Rowland, se sentant
en sécurité puisqu'ils se trouvaient à plus de deux
jours de cheval des terres des Howard — des ter-
res des Peregrine —, s'était éloigné du campe-
ment et de la protection de ses hommes pour
boire une gourde de bière près du ruisseau.

Rogan avait vu le frère aimé disparaître parmi
les arbres mais n'avait pas essayé de l'arrêter.
D'un signe, il avait d'ordonné à un homme de le
suivre discrètement pour veiller sur lui quand il
s'effondrerait ivre mort.

Les yeux posés sur les pierres, Rogan se mau-
dit une nouvelle fois : pourquoi s'était-il endormi
cette nuit-là ? Un faible bruit, ou une prémoni-
tion, l'avait soudain réveillé. Il avait bondi et,
empoignant son épée, s'était mis à courir. Mais
il était arrivé trop tard. Rowland gisait sans vie
près du cours d'eau. Le garde était mort, lui
aussi, la gorge tranchée. En entendant son hurle-
ment, Severn et ses hommes avaient aussitôt
accouru.

Ils avaient passé la forêt au peigne fin et fini
par débusquer deux des assaillants : des cousins
éloignés des Howard. Rogan leur avait réservé
une mort très lente, achevant le second quand
celui-ci avait prononcé le nom de Jeanne.

Mais cette vengeance n'avait pas ramené son
frère parmi les vivants ni atténué le sentiment de
responsabilité de Rogan : il était désormais l'aîné
des Peregrine. Il avait pour devoir de veiller sur
Severn et Zared. Il devait les protéger, les nourrir
et, par-dessus tout, reprendre les terres des Pere-

80

grine, ces terres que les Howard avaient volées à
son grand-père.

Abîmé dans ses souvenirs, il n'en perçut pas
moins le craquement d'une brindille brisée.
Dégainant son épée, il fit volte-face, prêt à pour-
fendre l'intrus. La surprise l'arrêta. Une jeune
fille. Il ne la reconnut pas tout de suite. Puis il se
rappela qu'il l'avait épousée le matin même.

Liana baissa les yeux sur la pointe de l'épée
figée à deux centimètres de sa gorge et déglutit
péniblement.

Elle se remémora l'avertissement de Helen :
ces hommes étaient violents, d'une violence effa-
rante. Celui-ci pouvait la tuer séance tenante à
présent qu'il avait sa dot et s'en tirer impunément
— il lui suffirait de prétendre qu'il l'avait surprise
avec un autre.

Liana allait rétorquer vertement quand les ser-
mons de Joice lui revinrent en mémoire.

Rogan n'en avait aucune envie, mais il ne
tenait pas non plus à ce qu'elle se promène seule
dans les bois. Même s'il ne se rappelait pas son
nom, elle était désormais une Peregrine et, de ce
fait, une ennemie des Howard. Ceux-ci seraient
assurément bien aises de mettre la main sur elle.

Ravie, Liana attendit qu'il lui offre le bras. Elle
en fut pour ses frais. Lui tournant le dos, il partit

81

d'un bon pas. Elle s'élança à sa suite, mais sa
jupe s'empêtra dans une souche.

Il fit demi-tour. Comme chaque fois qu'il s'ap-
prochait d'elle, Liana sentit son cœur s'emballer.

Liana croisa ses yeux étincelants et le monde
disparut... jusqu'à ce que Pépée s'abatte et
déchire le vêtement en deux. Bouche bée, elle
constata les dégâts. Cette soie brodée lui avait
coûté les revenus trimestriels de six fermes !

Calme-toi ! s'ordonna-t-elle. Ne te rebiffe pas !
Une femme doit toujours se montrer gentille et
douce. Une femme ne doit pas critiquer les
défauts de son mari... Elle lui emboîta le pas.

Pas de réponse.

Elle fit un nouvel essai.

Ils étaient parvenus au bord de la clairière où
était dressé le campement et la vue qui s'offrit à
Rogan le mit en rage. Devant lui, s'étalait une
mer de matelas de plume posés sur le sol. Ils
auraient aussi bien pu allumer des torches ou
souffler du cor pour annoncer leur présence aux
Howard.

Furieux, il traversa le camp à grandes enjam-
bées en direction de son frère qui roucoulait avec
une des suivantes des Neville. Il lui flanqua un

82

solide coup de poing dans l'épaule pour attirer
son attention.

Severn le bouscula à son tour.

Rogan le frappa à la poitrine.

Les poings noués, Severn cogna à son tour,
mais son frère ne broncha pas.

Hochant la tête, Severn alla ordonner aux
hommes de remiser les matelas.

Depuis le bord de la clairière, Liana avait vu
son mari et son beau-frère se taper dessus
comme deux ennemis mortels. Elle retint son
souffle de peur que cette bagarre ne dégénère en
bain de sang. Mais, après quelques brèves paro-
les, ils s'étaient séparés. Respirant enfin, Liana
s'aperçut que si cette scène avait étonné ses sui-
vantes, les chevaliers n'avaient pas paru la remar-
quer. Pourtant Liana savait qu'un seul de ces
coups aurait envoyé au sol la plupart d'erttre eux.

Soudain, Joice surgit devant elle, l'air affolé.

En général, lors de leurs voyages, Liana, son

83

père, sa belle-mère, la plupart des suivantes et
leurs invités occasionnels dormaient dans de
somptueuses tentes, meublées de lits, de tables et
de fauteuils.

A vrai dire, la conversation lui avait mis d'au-
tres idées en tête. C'était sa nuit de noces, bon
sang ! Peu lui importait la viande froide et les
tentes.

Un bruit les fit se retourner. Les hommes
étaient en train de recharger les matelas dans les
chariots.

Pendant l'heure et le chaos qui suivirent, Liana
fit placer d'épaisses fourrures sur le sol et les sui-
vantes ravalèrent leur rancœur, bientôt réconfor-
tées par quelques chevaliers.

Liana avait fait disposer sa fourrure au bord
de la clairière, sous un chêne. Joice l'aida à quit-
ter sa robe lacérée et à enfiler une chemise de
nuit en lin puis Liana s'allongea et attendit...
attendit... Et attendit. Mais Rogan ne vint pas.
Elle n'avait pas dormi la veille et le voyage avait
été long et fatigant. Si bien que, malgré ses
efforts pour rester éveillée afin d'accueillir son
mari, elle ne tarda pas à plonger dans un profond

84

sommeil. Ce qu'elle fit avec un large sourire aux
lèvres car elle savait qu'il n'allait pas tarder à la
réveiller.

Rogan se laissa tomber sur les rudes couvertu-
res de laine.

Somnolent, Severn se tourna vers lui.

Severn se retourna pour s'endormir tandis que
Rogan restait éveillé. Cet endroit était trop
chargé de souvenirs pour qu'il y repose en paix.
Et, maintenant qu'il disposait de l'or des Neville,
il devait songer à l'usage qu'il allait en faire. Il
fallait construire des machines de guerre, enga-
ger des chevaliers et les équiper, acheter des
vivres pour les longs sièges à venir car il savait
que pour récupérer les terres des Peregrine, la
guerre serait longue et dure.

Pas une fois il ne pensa à sa nouvelle épouse
qui l'attendait à l'autre bout du camp.

Le lendemain matin, quand elle se réveilla,
Liana n'était pas dans les meilleures dispositions
d'esprit. Joice vint la trouver avec un flot de
doléances de la part de ses suivantes. Les hom-
mes des Peregrine s'étaient montrés brutaux

85

dans leurs étreintes et deux des femmes étaient
couvertes de bleus et de contusions.

Liana aperçut son mari à travers un rideau
d'arbres et, une fois encore, ravala sa colère.
Tous les mariages étaient-ils ainsi ? Lés femmes
devaient-elles subir injustice sur injustice et ne
jamais protester? Etait-ce vraiment ainsi qu'on
aimait ?

Elle mit une robe de satin bleu avec une cein-
ture d'or sertie de diamants. D'autres diamants
rehaussaient sa haute coiffe. Aujourd'hui peut-
être, il allait enfin la regarder avec désir. La nuit
précédente, peut-être n'avait-il pas osé venir la
rejoindre devant ses hommes. Oui, c'était sûre-
ment cela.

Il ne la salua pas. En fait, il passa devant elle
sans même la regarder. Comme s'il ne la recon-
naissait pas.

Une fois encore, elle chevaucha au milieu des
hommes, dans la poussière.

Vers midi, elle en eut assez. Elle apercevait
Rogan et Severn en tête de colonne qui bavar-
daient avec animation et elle voulait savoir ce qui
les passionnait autant. Elle tira sur la bride de sa
monture.

86

qui prennent des initiatives. Vous devez attendre
son bon plaisir.

Liana hésita, mais l'ennui triompha.

Elle remonta la colonne. Severn lui jeta un
coup d'œil, mais pas Rogan. Ni l'un ni l'autre ne
lui adressèrent le moindre mot.

Enfin un sujet dans les cordes de Liana ! Les
discussions sur les moutons et les paysans occu-
paient sa vie depuis des années.

87

Elle se tourna pour sourire aux deux hommes.
Tous deux la fixaient, bouche bée et les yeux
ronds.

Liana ravala une nouvelle fois sa colère et
obtempéra.

Maudite femme ! tempêta Rogan. Que cher-
chait-elle à se mêler ainsi des affaires des hom-
mes ? Autrefois, il avait permis à une femme de
se mêler de ses affaires. Il l'avait écoutée et, en
récompense, elle l'avait trahi.

Severn resta pensif. A la différence de son
frère, il n'était pas habité par la haine des fem-
mes. Il abordait de nombreux sujets avec Iolan-
the et il trouvait souvent ses réponses sages et
utiles. Cette petite Neville était peut-être moins
terne qu'elle ne le paraissait au premier abord.

Il se retourna pour la contempler. Le dos droit,
elle se tenait rigide sur sa selle, le regard étince-
lant de fureur. Severn sourit à son frère.

88

jovial. Rude soirée en perspective, mon vieux !
Tu vas devoir lui faire un cadeau. Avec un peu
de chance, un compliment suffira. Dis-lui que sa
chevelure est semblable à de l'or et que sa beauté
transporte ton âme.

Severn garda le sourire.

Un fils, pensa Rogan. Des fils, pour l'aider à
combattre les Howard. Des fils pour diriger les
terres des Peregrine quand il les aurait reconqui-
ses. Des fils pour chevaucher à ses côtés. Des fils
à qui apprendre à se battre et à chasser.

Liana ressassa son amertume et tira les fruits
de la leçon : Joice avait raison. Elle allait avoir
besoin de temps pour apprendre à être obéis-
sante et à garder ses opinions pour elle.

Quand ils dressèrent le camp, Liana, de nou-
veau, installa ses fourrures à l'écart sous un
arbre. Mais, pas plus que la veille, Rogan ne vint
la rejoindre. Il ne lui adressa pas la parole ni
même un regard.

Liana refoula ses larmes et chassa le souvenir
des avertissements de Helen. Elle préféra songer
à ce moment près de l'étang où il l'avait embras-
sée. Elle dormit très mal et se réveilla avant




l'aube, bien avant les autres. Le cou endolori, elle
se leva et s'enfonça parmi les arbres.

Elle ne tarda pas à trouver la petite source où
elle comptait se rafraîchir quand elle se sentit
surveillée. Faisant volte-face, elle discerna une
ombre dans les fourrés. Elle poussa un cri étran-
glé et porta les mains à sa gorge.

Liana était atrocement consciente de sa nudité
sous sa fine chemise de soie. Sa chevelure pen-
dait librement dans son dos. Quant à Rogan,
torse nu, il ne portait que ses braies qui le cou-
vraient de la taille aux chevilles. Elle fit un pas
vers lui.

Il fronça les sourcils. Bizarrement, elle lui sem-
blait familière, comme s'il l'avait déjà vue. Il la
trouva plutôt séduisante à la lueur du petit matin
mais le moment était mal choisi.

Pour quelle raison cet homme l'ignorait-il ?
Elle courut pour le rattraper.

Elle avait du mal à rester à ses côtés, sa longue
chemise se prenant dans les fourrés.

90

res et votre titre, n'est-ce pas ? Sans eux, vous
seriez duc.

Il s'arrêta brusquement pour la dévisager avec
colère.

— Mais non, ce n'est pas pour cela, fit-elle,
abasourdie. Je vous ai épousé parce que...

Liana ne pouvait pas lui avouer qu'elle le dési-
rait follement, que son cœur battait à tout rom-
pre dès qu'il s'approchait d'elle et que rien ne lui
ferait plus plaisir que de toucher sa peau nue.

Il la scruta si attentivement qu'elle rougit.
Rogan ne parut pas s'en apercevoir, constata-
t-elle amèrement, car il était déjà reparti vers le
camp. Elle emboîta le pas aux deux frères.

Severn voulait plaisanter mais à la seconde où
ces mots franchirent ses lèvres, il les regretta. Dix
ans auparavant, quelqu'un avait effectivement

91

enlevé une épouse à Rogan et celui-ci s'était
battu si durement pour la récupérer que deux de
ses frères avaient trouvé la mort.

— Non, je ne me battrai pas pour elle, dit dou-
cement Rogan. Si tu la veux, prends-la. Elle ne
signifie rien pour moi. L'or qu'elle m'a apporté
était tout ce que je demandais.

Severn fronça les sourcils maisjugea plus avisé
de tenir sa langue.

6

Juché sur un promontoire, le château apparut
vers midi. Liana n'avait jamais vu spectacle plus
déprimant. C'était un château fort de l'ancien
style, bâti pour la guerre, qui n'avait pas été
transformé depuis près de deux siècles. Les fenê-
tres étaient d'étroites meurtrières ; la tour, mas-
sive et trapue, semblait imprenable. Des soldats
gardaient les remparts par endroits brisés.

A mesure qu'ils s'approchaient, l'odeur rem-
plaça la vision. Dominant l'effluve de leurs mon-
tures et des corps mal lavés des cavaliers, la
puanteur du château descendait jusqu'à eux.

— Milady, chuchota Joice.

Liana, sans lui prêter attention, continua à
fixer leur but droit devant elle. Helen lui avait
parlé de l'état déplorable de la forteresse mais
rien, dans son expérience, ne l'avait préparée à
cela.

Ils arrivèrent d'abord aux douves. Toutes les
latrines du château s'y déversaient et, aux excré-

92

ments, se mêlaient les carcasses pourries des ani-
maux débités dans les cuisines. Liana garda la
tête haute tandis que ses femmes toussaient et
s'étranglaient.

Ils s'engagèrent en file indienne dans un pas-
sage long et étroit. Au-dessus d'eux, elle aperçut
trois ouvertures qui permettaient d'abaisser de
lourdes herses en fer afin d'emprisonner tout
intrus indésirable. Ils débouchèrent dans l'uni-
que cour intérieure, deux fois plus petite que la
plus minuscule des cours de tous les châteaux de
son père. Celle-ci était pourtant incroyablement
surpeuplée. Après son nez, ce fut au tour de ses
oreilles d'être assaillies. Des hommes martelaient
du fer chauffé à blanc, des chiens aboyaient, des
charpentiers sciaient et cognaient et tout le
monde hurlait.

Quant au vacarme et à la puanteur qui s'éle-
vaient des écuries et de la porcherie, ils étaient
tout simplement inimaginables. On aurait dit
que ces endroits n'avaient pas été nettoyés depuis
des années et que les bêtes s'y entre-tuaient.

Une de ses suivantes poussa un couinement
aigu et sa monture heurta celle de Liana. Celle-
ci tourna la tête pour voir ce qui l'avait effrayée :
du sommet de la tour, un urinoir donnait directe-
ment dans la cour. Une cascade d'urine tombait
et éclaboussait le mur. Le trou innommable dans
lequel elle s'abîmait indiquait que cette pratique
durait depuis des temps immémoriaux.

A droite s'élevaient deux escaliers, l'un menant 2010-07-19 18:44 Читать похожую статью
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